Sous l’influence de l’église, comme dans toutes les régions religieusement dominées, les cantiques prirent une place importante dans l’univers religieux et quotidien.
Sa fonction première, de louanges divines, avait pour but de témoigner de la foi et d’attirer les grâces du ciel sur la communauté qui les interprétait. Etait-ce sa fonction première ? Car l’une des fonctions principales de ces chants était double, d’une part, permettre la compréhension du dogme par le peuple, puisque le cantique, contrairement à la messe, pouvait se chanter en langue régionale, d’autre part achever toute trace de l’ancienne religion déposée, par la reprise de ses chants canoniques et leur refonte suivant le nouveau dogme.
Car tout comme les menhirs, les gwerzioù, les contes, légendes et autres traditions, ces chants purement religieux devait assurer l’attachement à l’Eglise, sublimer la foi locale et surtout impressionner, par l’effet que pouvait produire certains de ces chants sur des assemblées transcendées.
Et c’est ainsi que de nombreux cantiques laissent paraître, encore aujourd’hui, des traces de la spiritualité celtique, remodelée suivant la parole chrétienne. Car la colonisation de l’Armorique par les bretons chrétiens de Galles n’a pas permis l’éradication complète des anciens dogmes, mais simplement leur assimilation, leur effacement au profit d’une pensée modernisée et actualisée pour l’époque. Il est par ailleurs intéressant de noter la répartition géographique des saints et patrons, pour mieux comprendre ce principe d’assimilation.
En effet, au nord de la Bretagne, sur les terres de prédilections des colons (les terres les plus proches du Pays de Galles) apparaissent des saints masculins tels Saint-Yves, tandis qu’au sud, l’on trouve Saint Anne, dont le nom et la signification symbolique se rapprochent étrangement de la déesse mère Ana, chère aux armoricains.
Répondant à ce besoin de chapelles, de morcellement du territoire, héritage, tant de l’esprit celte, de la géographie de la colonisation bretonne que de la féodalité, les cantiques se devaient de répondre aux besoins locaux de spiritualité. C’est ainsi qu’à chaque saint, c'est-à-dire à chaque paroisse, était associé un cantique, forme d’hymne religieuse et ethnique, lien sociale fort de la communauté, établie, comme aux temps celtiques, entre l’église et le domaine du maître.
Enfin, ne parvenant à assimiler l’héritage celtique et craignant que celui-ci ne resurgisse, les autorités religieuses bretonnes mirent au banc de la société ce qui résistait à son dogme. C’est ainsi que les sonneurs et chanteurs de gwerzioù, de sonioù ou de kan ha diskan se voyaient reprochés d’être les « instruments du diable », détournant le peuple de la bonne parole, ne respectant les principes fondateurs de la spiritualité quotidienne. Ne pouvant prévenir, la hiérarchie catholique s’est engagée dans la répression de ces chants, à travers les sermons, le refus des sacrements religieux, l’excommunication. Et il ne fut pas rare de voir des prêtres pourchasser les musiciens et tenter de ramener leurs ouailles dans le bon chemin.
Le cantique était le ferment de la communauté religieuse bretonne, il ponctuait et rythmait les cérémonies, les fêtes, les pardons et participait à la gloire divine.
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