Du coq à l’âme

S’il y avait des habitués, des piliers de comptoir, ils risquent d’être surpris. Une nouvelle version du blog apparaît, effaçant d’un coup l’ancienne. Un besoin de lifting, de passer du coq à l’âme, s’est fait ressentir samedi soir.

Plusieurs questions m’ont incité à refaire l’ensemble plutôt que d’en changer les rubriques ou les textes. Je voulais un espace d’expression écrite où je pouvais laisser libre cours à mes envies.

Bonne lecture.
Kereven.

Lundi 19 décembre 2005

Je me réveillais vers six heures du matin, ce 16 août 1994. Après une bonne dose de café, j’entrevoyais enfin le jour. Avec ma lenteur habituelle, il me fallut, ce matin là, une heure dix pour me préparer. Je ne m’étais donné que trois quarts d’heure. C’est donc en très grande hâte que je partis.

 

Dans la rue, les passants se moquaient de moi. Un garçon mal peigné, chargé d’un sac à dos trop grand pour lui et qui marchait en sautant ! Le trajet fut long jusqu’à la Gare du Nord… Dans le R.E.R. qui m’amenait à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle, j’étais encore inquiet du retard que j’avais contracté. Pour me rassurer, le train s’arrêta plusieurs fois sans explications, et suffisamment longtemps pour que je m’énerve.

 

Finalement, arrivé à Roissy, je fus soulagé de voir que tout se passait bien. La navette me déposa juste devant ma porte d’embarquement. Je retirais mon billet, fis enregistrer mon bagage. A la douane, je n’eus aucun problème.

 

Une demi-heure plus tard, je me retrouvais dans l’avion. Je commençais seulement à ressentir le vague à l’âme des solitaires. Partir en Estonie, seul, sans parler la langue était une entreprise peu commune à cette époque pour un jeune homme de dix-neuf ans.

 

Le vol se fit sans encombre, au début. J’éprouvais néanmoins quelques sensations désagréables, lorsque je regardais la terre, à travers le hublot. Mon vertige congénital était prompt à se déclencher à la moindre perspective osée. Pour conjurer le mal qui me prenait, je détournais mon regard et admirais l’océan de nuages que nous traversions depuis peu.

 

Je me demandais alors, si ces formes gazeuses extravagantes et pittoresques – cela ressemblait aux parcs naturels américains ou le sol est sculpté par l’érosion – n’étaient pas la parfaite représentation du relief qu’elles survolaient. Lorsque la nappe nuageuse, par plaque se distendait, j’apercevais le contour de la Plaine du Nord, du Benelux, de la Mer du Nord, du Danemark puis de la Baltique.

 

Mais tandis que le pilote annonçait à la radio, notre prochaine arrivée à Helsinki en Finlande, l’avion se mit soudainement à trembler, comme une feuille. Il était sûrement secoué par les trous d’air et les perturbations atmosphériques dues à son couloir aérien. J’eus cependant une peur effroyable, me demandant si nous allions pouvoir atterrir.

 

Nous arrivâmes néanmoins à l’aéroport d’Helsinki sans autres problèmes. A la douane, on me demanda combien de temps je souhaitais rester dans le pays. Le douanier fut surpris de ma réponse. Je quittais la Finlande dans l’heure.

 

Je pris un taxi jaune, le taxi du pauvre. Pourtant luxueux, il n’était pas cher. Son prix devait donc être proportionnel à la conduite, assez surprenante de son chauffeur. Ce dernier me déposa dans un port, qui semblait être le bon, mais mes connaissances linguistiques dans la langue autochtone étaient plus que limitées, pour m’en assurer pleinement.

 

Je m’adressais à un comptoir, en anglais, où l’on m’annonça que le bateau que je devais prendre n’existait plus. Un autre navire cependant le remplaçait, mais dans un autre port de la ville. On m’indiqua le chemin sur un plan et je partis dans le froid. Helsinki n’est pas une ville particulièrement chaude l’été, en tout cas cette saison là. Je me rendais à pied à la douane. Helsinki paraissait une belle ville, mon temps étant compté je n’eus pas le temps de visiter.

 

Je passais la douane. Le douanier finlandais me regarda étrangement. A plusieurs reprises il compara la photo de mon passeport, me dévisageant avec précision. Puis il me laissa passer. Dans le bateau, j’eus d’emblé le mal de mer et la traversée durerait deux heures.

 

Arrivé à Pirita, l’un des ports de la ville de Tallinn, je fus à nouveau la proie d’un douanier, cette fois-ci estonien. Héritier des méthodes soviétiques, il me fouilla au corps, avant de faire subir à mon bagage le même sort. Quelque peu surpris, je quittais l’endroit.

 

Je me rendis compte, alors, que j’étais à Tallinn deux heures trop tôt et que l’on ne m’attendait pas encore. Je n’avais évidemment aucune couronne estonienne sur moi. Je dus me rendre à l’évidence que j’étais dans l’embarras.

 

Perdu dans cette zone de passage, j’avisais un militaire, à l’air un peu idiot, comme beaucoup de militaires, à qui je tentais d’expliquer la situation. Je dois préciser que je ne parle ni russe ni estonien et que lui ne parlait visiblement que ces langues. Après quelques échanges infructueux, il parvint à prendre une bonne initiative. Je le suivais et il m’amena à dans une station de taxi, un peu cachée. Il me mit dans une voiture, parla au chauffeur et ce dernier démarra en trombe, pour me déposer chez la famille Koppel. Après deux ou trois questions, il comprit que je n’étais pas vraiment du coin et entreprit de me faire visiter en boucle les boulevards périphériques de Tallinn, sans le commentaire touristique qui pour le prix aurait pu aller avec. Au bout d’une heure il me déposa au bon endroit, me demandant cinq fois le montant de la course affiché sur son compteur, et en dollars évidemment.

 

Seul, dans cette rue aux trottoirs d’herbe et de terre, regardant à travers les haies denses d’essences nordiques, j’apercevais de rares magasins, barricadés et blindés, qu’entouraient des files ininterrompues de maisons identiques en brique rouge, comme celles des corons du nord de la France. Mais le quadrillage urbain soviétique ne laissait rien paraître du charme des bourgades françaises. L’impression que je ressentais me rapprochait bien plus de l’idée de fin de terre, de désolation, que de celle des rues illuminées de la capitale française. Ce n’était pas dû aux estoniens, qui faisaient ce qu’ils pouvaient, à cette époque, mais au fait que la plus grande partie de l’année, ces terres étaient enneigées. Par conséquent, les œuvres de paysagistes, les travaux publics ne pouvaient exister que dans les saisons chaudes, de quelques semaines seulement.

 

C’est alors que je débarquais chez les Koppel, commerçants estoniens.

Copyright : JPJ.

Par Kereven - Publié dans : Un voyage en Estonie
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Lundi 5 décembre 2005

Sous l’influence de l’église, comme dans toutes les régions religieusement dominées, les cantiques prirent une place importante dans l’univers religieux et quotidien.

Sa fonction première, de louanges divines, avait pour but de témoigner de la foi et d’attirer les grâces du ciel sur la communauté qui les interprétait. Etait-ce sa fonction première ? Car l’une des fonctions principales de ces chants était double, d’une part, permettre la compréhension du dogme par le peuple, puisque le cantique, contrairement à la messe, pouvait se chanter en langue régionale, d’autre part achever toute trace de l’ancienne religion déposée, par la reprise de ses chants canoniques et leur refonte suivant le nouveau dogme.

Car tout comme les menhirs, les gwerzioù, les contes, légendes et autres traditions, ces chants purement religieux devait assurer l’attachement à l’Eglise, sublimer la foi locale et surtout impressionner, par l’effet que pouvait produire certains de ces chants sur des assemblées transcendées.

Et c’est ainsi que de nombreux cantiques laissent paraître, encore aujourd’hui, des traces de la spiritualité celtique, remodelée suivant la parole chrétienne. Car la colonisation de l’Armorique par les bretons chrétiens de Galles n’a pas permis l’éradication complète des anciens dogmes, mais simplement leur assimilation, leur effacement au profit d’une pensée modernisée et actualisée pour l’époque. Il est par ailleurs intéressant de noter la répartition géographique des saints et patrons, pour mieux comprendre ce principe d’assimilation.

En effet, au nord de la Bretagne, sur les terres de prédilections des colons (les terres les plus proches du Pays de Galles) apparaissent des saints masculins tels Saint-Yves, tandis qu’au sud, l’on trouve Saint Anne, dont le nom et la signification symbolique se rapprochent étrangement de la déesse mère Ana, chère aux armoricains.

Répondant à ce besoin de chapelles, de morcellement du territoire, héritage, tant de l’esprit celte, de la géographie de la colonisation bretonne que de la féodalité, les cantiques se devaient de répondre aux besoins locaux de spiritualité. C’est ainsi qu’à chaque saint, c'est-à-dire à chaque paroisse, était associé un cantique, forme d’hymne religieuse et ethnique, lien sociale fort de la communauté, établie, comme aux temps celtiques, entre l’église et le domaine du maître.

Enfin, ne parvenant à assimiler l’héritage celtique et craignant que celui-ci ne resurgisse, les autorités religieuses bretonnes mirent au banc de la société ce qui résistait à son dogme. C’est ainsi que les sonneurs et chanteurs de gwerzioù, de sonioù ou de kan ha diskan se voyaient reprochés d’être les « instruments du diable », détournant le peuple de la bonne parole, ne respectant les principes fondateurs de la spiritualité quotidienne. Ne pouvant prévenir, la hiérarchie catholique s’est engagée dans la répression de ces chants, à travers les sermons, le refus des sacrements religieux, l’excommunication. Et il ne fut pas rare de voir des prêtres pourchasser les musiciens et tenter de ramener leurs ouailles dans le bon chemin.

Le cantique était le ferment de la communauté religieuse bretonne, il ponctuait et rythmait les cérémonies, les fêtes, les pardons et participait à la gloire divine.

Par Kereven - Publié dans : Musique Bretonne
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