Du coq à l’âme

S’il y avait des habitués, des piliers de comptoir, ils risquent d’être surpris. Une nouvelle version du blog apparaît, effaçant d’un coup l’ancienne. Un besoin de lifting, de passer du coq à l’âme, s’est fait ressentir samedi soir.

Plusieurs questions m’ont incité à refaire l’ensemble plutôt que d’en changer les rubriques ou les textes. Je voulais un espace d’expression écrite où je pouvais laisser libre cours à mes envies.

Bonne lecture.
Kereven.

Jeudi 1 décembre 2005

C’est heureusement grâce au travail de Polig Monjarret, Loeiz Ropars et quelques autres qu’une reprise de conscience eut lieu à la fin des années quarante. Un long travail de dépolitisation et de réappropriation de la culture se mit en marche, soutenu par des artistes comme Alan Stivell. Mais l’époque de reconstruction n’était pas à la réminiscence celtique.

Mais la société de consommation américaine atteignit une première fois ses limites vers la fin des années soixante et notamment l’année 1968, où, presque partout dans le monde, les consciences politiques s’éveillèrent et des peuples se levèrent (mai 68 en France). L’idée que les biens matériels n’apportaient aucun bonheur particulier, mais au contraire, contribuaient, par le manque qu’ils produisaient, aux malheurs des peuples, se traduisit soudainement par un retour à la terre. Les babas cool débarquaient traçant de nouveaux sillons culturels.

C’est profitant de cette vague humaniste sans précédent, qu’avec génie, Alan Stivell, modernisant la musique en l’électrifiant, permit en février 1972 à la musique bretonne de sortir de son ghetto et de se mondialiser en quelques années. Son concert à l’Olympia fut retransmis en direct, à la radio, devant un bon tiers de la population française. Aux cotés de Gilles Servat et d’Alan Stivell arrivèrent de nombreux musiciens, tels Dan ar Braz, les frères Patrick Molard, Dominique Molard et Jacky Molard, Mélaine Favennec, Manu Lann-Huel et bien évidement les Tri Yann… Cette nouvelle génération donnera à la région un élan, sans commune mesure, proche de celui qu’apporta Hersart de La Villemarqué cent quarante dans plus tôt.

Comme à chaque expérience de ce type, l’épopée de ce revival prit rapidement fin. Dès 1979, les ventes et l’engouement déclinèrent progressivement pour s’éteindre quasiment en 1981. La décennie quatre-vingt, plutôt futuriste dans ça conception ne laissait plus aucune place aux cultures traditionnelles. Seules quelques rares productions réussirent le pari de sortir du lot et de se vendre, comme Barzaz, Den ou Gwerz, mais elles restèrent néanmoins très confinées dans l’ouest.

Par Kereven - Publié dans : Musique Bretonne
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Jeudi 1 décembre 2005

Les bouleversements de la révolution, s’ils pouvaient donner une chance inouïe aux bretons, ne furent pas assimilés à temps et l’élan révolutionnaire parti de l’ouest, revint dans cette région, l’esprit légèrement dénaturé et jacobin par rapport aux sentiments premiers. Avec la chute de Napoléon et la première révolution industrielle, le romantisme s’imposa en contre-courant de la pensée économique contemporaine et industrieuse. Aux machines et au charbon répondirent les ruines antiques et les civilisations perdues. Evoluant dans un cercle intellectuel breton, Théodore Hersart de La Villemarqué (Kervarker) publia, en 1939, la première édition de son livre, le Barzaz Breiz (Barzhaz Breizh). Ce livre provoqua un raz de marée romantique, propulsant pour la première fois hors de ses frontières la culture bretonne. Présentant son œuvre comme le témoin d’une civilisation, mère des civilisations, et cependant mourante, La Villemarqué lança une mode durable. Son Barzaz Breiz fut réédité plusieurs fois, jusqu’en 1867 (dernière édition retravaillée de La Villemarqué). Au même moment, alléchés par cette découverte, de nombreux érudits allèrent, à leur tour, faire part de leurs connaissances : De Luzel à Le Braz, de nombreux collecteurs firent ainsi publier une grande partie de la mémoire vivante bretonne, lui offrant, sans s’en rendre compte, une certaine immortalité. Bien que ces travaux et notamment ceux de La Villemarqué furent très critiqués, jusqu’au dégoût de l’œuvre, cette vague portait en elle-même le germe des suivantes. C’est avec Maurice Duhamel qu’elle prit fin, avant la première guerre mondiale. Cette guerre, particulièrement meurtrière à l’égard des jeunes bretons, transforma profondément la société traditionnelle. Entamant son travail de déculturation, l’Etat, par son soucis de francisation, d’homogénéité nationale, permit la mise à mort de cet univers dont, aujourd’hui, les locuteurs ne se comptent plus que par milliers, lorsqu’ils étaient plusieurs millions un siècle plus tôt.

C’est en 1920 que les prémisses du revival des années soixante-dix se firent sentir. Avec l’apparition du nationalisme breton structuré, politique et militaire (premiers attentats bretons en 1932) émergèrent une nouvelle conscience bretonne, bien plus virulente que la précédente, rejetant le romantisme. Cette "prise de conscience", cependant bien timide, ne prendra son envol qu’à la veille de la seconde guerre mondiale, pour s’éteindre immédiatement après, pour des dérives ayant eut lieu durant cette guerre.

Par Kereven - Publié dans : Musique Bretonne
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