La
Gwerz est une part importante de la
musique bretonne, tant au niveau des messages qu’elle véhicule que des accompagnements
musicaux qui la souligne. La
gwerz regroupe une multitude de
chants,
historiques,
épiques,
politiques,
dramatiques…
Héritière de la tradition bardique des celtes, la gwerz rassemble, aux cotés des événements quotidiens, les grandes fresques fondatrices de l’identité bretonne, du moins dans ce que la tradition orale nous a transmis jusqu’à ce jour.
Alors que le kan ha diskan, musique de fête, sert la danse et accompagne les joies sociales ou privées, la gwerz, musique de veillée, sublime la dimension populaire et façonne l’identité rurale des bretons. Egalement chantée lors de festoù-noz, la gwerz est la voix du peuple, la « radio humaine » de l’époque.
Et comme les chants de guerre, les musiques militaires, la gwerz participe à l’histoire, en décrivant ponctuellement les émois des générations précédentes (Gwerz An Titanic, Gwerz Penmarc’h), ou par un rôle politique (An Alarc’h, Gwerz Maro Pontkallek…).
Dans son ensemble et avant le XIX° siècle, la gwerz, tout comme les chansons que l’on entend à la radio, amélioraient le quotidien. Souvent vendues sur feuilles volantes (à partir du XIX° siècle et de la généralisation de la scolarisation, évidement), accompagnées d’une mélodie, les gwerzioù (pluriel de gwerz) avaient également une « vocation de presse » dans la transmission et la dispersion géographique des nouvelles importantes dignes d’être mises en chanson.
Dans une société rurale comme l’était la Bretagne, il est à noter que la gwerz était aussi l’instrument de la pauvreté. Cette civilisation post-celtique, basée sur la fraternité, l’assistance et la solidarité, utilisait la gwerz comme vecteur de partage. Une des manières de « payer son dû », de remercier d’une aumône, consistait pour les mendiants à chanter une gwerz, ce qui du même coup participait à son extension géographique, et donc, finalement à sa survie.
Tout comme les chants à danser, danses et dialectes, les gwerzioù se répartissent géographiquement dans les différents pays bretons et leurs variantes témoignent de cet attachement local et de leur histoire.
C’est par ces différences géographiques que les premiers collecteurs officiels du XIX° siècle, Théodore Hersart de la Villemarqué en premier, mais également François Marie Luzel ou Anatole le Braz, pour ne citer qu’eux, furent surpris par certaines gwerzioù. Les Vêpres des Grenouilles ou Les Séries survécurent, essentiellement grâce à leurs dispersions, et aux nombreuses variantes, que l’éloignement du bassin d’origine provoquait et qui finalement la conservèrent. L’étude de Jean-Jacques Boidron sur ce thème, outre sa richesse et son grand intérêt, permet de comprendre l’héritage actuel de ce patrimoine (in Gousperoù ar Raned ha Gouspered ar Rannoù, Jean-jacques Boidron, Coop Breizh).
Au cours des siècles, de très nombreuses gwerzioù furent écrites, transmises, dispersées. Et à chaque fois, des variantes furent créées pouvant parfois remplacer l’original, disparu entre temps. Entre le IV° et VI° siècle de notre ère, lors de la « grande invasion », ou de la colonisation de l’Armorique par les bretons de Grande-Bretagne, de nombreuses gwerzioù, descendantes des épopées celtiques furent christianisées et, souvent, leur sens premier fut masqué par un maquillage religieux peu homogène. C’est ainsi que certaines gwerzioù en ont perdu jusqu’à leur sens premier pour devenir autre. C’est le cas des Séries, texte très ancien qui aurait subit "des dégâts" lors de sa christianisation ou de la gwerz KerYs, dont l’objet ne semble plus correspondre à la volonté de départ. Cette dernière gwerz, racontant les péripéties de Dahut et de son père, le Roi Gradlon de Cornouaille et de l’intervention de l’ecclésiastique Gwenole, semble détournée de son sens profond, qui pourrait, de manière bien plus poétique, témoigner de la fin de l’Armorique, et de l’avènement de la Bretagne, comme nouvel élément politique, ethnique et social. En effet, lors de cette transformation de deux siècles, les Armoricains, non chrétiens furent submergés en nombre par les bretons de Galles fuyant l’avancée anglo-saxonne, et les nouveaux colons importèrent leur religion, leurs traditions, héritières de l’empire chrétien de Rome et de leurs origines celtiques insulaires et taxèrent de païens, bien évidement, les tenants pourchassés de l’ancienne religion interdite. La fin des druides et bardes armoricains se produisit entre les VI° et VII° siècles de notre ère (voir également la Prophétie de Gwench’lan).
La gwerz reste aujourd’hui l’un des vecteurs les plus usités pour la promotion de la musique bretonne, tant par sa musicalité que par l’émotion qu’elle dégage, même si sa portée symbolique n’est désormais plus comprise de ses auditeurs.
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